D’amour et d’art, de design et d’architecture
Dans les secrets de l’alchimie créative
On dit que les artistes sont difficiles à vivre, car égocentriques et exclusifs. Leur amour de l’art et de leur œuvre passe avant toute relation affective. Mais quand deux créatifs tombent amoureux, ça donne quoi ? L’amour et la créativité peuvent aussi aller de pair. Et les rencontres sont souvent des doubles coups de cœur, à la fois personnels et professionnels. Lorsqu’ils sont ensemble, comment les artistes gèrent-ils leurs carrières respectives et parallèles, leur succès commun ou pas, leur vie privée, leur éventuelle progéniture ? Doivent-ils les sacrifier ? La femme plutôt que l’homme ? Et n’y-a-t-il pas une rivalité inhérente entre eux ? L’un deux ne doit-il pas nécessairement rester dans l’ombre ? Doivent-ils vivre et travailler ensemble ? A une période de l’histoire où de nombreux métiers des arts étaient encore l’apanage des hommes, on imagine les réponses…Même au Bauhaus, les femmes élèves étaient inscrites dans la section textile…
Cette exposition, qui explore le parcours et les créations de 40 couples de créateurs dans la première partie du XXème siècle, montre aussi comment chaque duo a géré ces choix difficiles. Mais elle raconte aussi de belles expériences de vies, des complicités, des partages et des enrichissements intellectuels. Que l’on épouse son double ou son contraire, dans le domaine des arts, il faut autant de points communs que de différences pour que la passion perdure… Les artistes se rencontrent souvent sur les bancs de l’école, mais la suite ils l’écrivent à travers leurs œuvres communes ou respectives. Et leur histoire intime leur appartient.
©Modern Print Alvar Aalto Fondation
L’amour ne fait pas tout
L’exemple de Pablo Picasso et Dora Maar est l’un des plus évidents en termes de pouvoir de destruction de l’œuvre à travers le couple. Le roman de Zoé Valdès, La Femme qui pleure en dit long sur la souffrance de la muse, qui abandonne ses activités de photographe et peintre, terrassée par la puissance du grand maître Picasso. Prenons comme contre-exemple, un couple emblématique Charles & Ray Eames qui ont toujours signé ensemble leurs créations. Un duo formidable et un tandem créatif parfait du good design. Il se soude lorsque Ray abandonne sa collaboration avec Eero Saarinen dans la création de la Casa Study house n° 8 de Pacific Palissades, près de Los Angeles, pour la poursuivre avec Ray. Avec elle, il a déjà expérimenté les premiers contreplaqués moulés. Et ces deux-là, ils ont compris qu’il fallait se partager le boulot. Dans le cadre de la conception des objets, c’est Charles qui s’occupe de la technique et de la fabrication tandis que Ray conçoit les formes et les dote de qualités spatiales. Une séparation des tâches un peu classique, mais déjà très progressiste pour l’époque !
©1949-2018 Eames Office LLC
Réussir ensemble ou seul
Quant à Aino et Alvar Aalto, si on ne cite généralement que l’homme, la carrière est tout autre. Tous deux architectes de l’Institut polytechnique d’Helsinki, Aino Marsio et Alvar Aalto se sont mariés en 1924, peu de temps après l’arrivée d’Aino dans l’agence ouverte par Alvar, qui a affiché publiquement sa préférence. Mais elle, elle travaillait et partageait une vision commune de l’architecture avec son époux. Une belle histoire d’amour, on a le droit d’y croire, non ? En tous cas, l’union a largement profité à l’œuvre innovante qui a abouti à la création de la firme de meubles Artek toujours en activité. Mais les histoires d’amour ne durent pas toujours et ça c’est vraiment injuste ! La revanche des femmes designers, elle a été prise par la célèbre architecte et designer Eileen Gray dont le travail et la notoriété, à titre posthume, ont été largement célébrés dans des ouvrages, des expositions et à travers les rééditions de ses meubles emblématiques. Et sa villa E 1027, pourtant une œuvre commune, est toujours debout et bien conservée. Quant au travail personnel de son compagnon, l’architecte roumain Jean Badovici, qui a permis à Eileen Gray de basculer de l’Art déco vers la modernité, il a été minoré voire quelque peu oublié… Comme quoi, en amour, il ne faut jurer de rien ! Quant aux autres histoires d’art et d’amour de ces duos pionniers de la modernité, si vous ne les connaissez pas, on vous les laisse découvrir…
Contact :
Jusqu’au 20 août 2018, exposition Couples modernes
Centre Georges Pompidou-Metz
1, Parvis des Droits de l’Homme
57020 Metz
www.centrepompidou-metz.com
©Adagp, Paris 2018
Légende complète sur Annelise et Josef Albers : "Un couple miroir et une œuvre qui dialogue : le travail textile d’Annelise (Fleischmann) Albers témoigne des limites autorisées aux femmes dans l’école du Bauhaus. Avec Josef Albers qu’elle a rencontré dans cet établissement et qui deviendra peintre et enseignant, aucun travail en commun, mais des recherches qui témoignent d’un engouement partagé pour les compositions géométriques répétitives, l’abstraction et la couleur. Memo, Anni Albers, 1958 ; The Joseph H. Hirshhorn Bequest, 1981. Photographie de Cathy Carver. Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Washington, D.C. Affectionate (Homage to the Square), Huile sur Isorel, 81 x 81 cm. Collection Centre Pompidou, Paris. Musée national d’art moderne-Centre de création industrielle, Josef Albers, 1954."
©Bowness © Government Art Collection
©Museo casa estudio Diego Rivera y Frida Kahlo
©Museo casa estudio Diego Rivera y Frida Kahlo
©Centre Pompidou, MNAM-CCI/Jacqueline Hyde
©John Kastnetsis, Adagp, Paris 2017